Conseils trail · Préparation

Ton premierultra

Note éditoriale · 27 octobre 2026

Guide d’information générale. Adapte les conseils à ton état de santé, aux conditions réelles et au règlement de l’épreuve. Les sources citées permettent de poursuivre la vérification ; leur présence ne signifie pas que chaque recommandation a été testée personnellement.

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Choisir la bonne course, construire la caisse, tout tester avant, partir lentement. Et éviter les pièges qui font abandonner les débutants.

Olivier Claessens 10 min de lecture Choix de course · Entraînement · Jour J

Un ultra, c'est tout ce qui dépasse le marathon. Sur le papier, quelques kilomètres de plus. Sur le terrain, un autre sport : on marche, on mange, on gère la nuit, et la tête compte autant que les jambes.

La bonne nouvelle : un premier ultra se prépare. Les études sur les abandons montrent que les raisons d'arrêter sont souvent prévisibles. Voici comment mettre les chances de ton côté, étape par étape.

Mon terrain

Mon premier ultra, c'était La Bouillonnante en 2015 : 104 km, bouclés en 16 h 34.

01Choisir sa course

Le kilométrage seul ne dit presque rien. Un 60 km plat et un 60 km alpin n'ont rien à voir. Pour comparer, l'ITRA (l'association internationale du trail) utilise le kilomètre-effort : chaque kilomètre compte pour 1, et chaque tranche de 100 m de dénivelé positif ajoute 1 km-effort.

Exemple : un trail de 50 km avec 2 000 m D+ fait 70 km-effort. Plus le chiffre est élevé, plus la course rapporte de points ITRA, de 0 à 6.

85km-effort
3 ptsniveau ITRA (de 0 à 6)
6,1km-effort/h minimum pour finir dans les temps
4,3km/h de moyenne, ravitos et pauses compris

Compare la vitesse minimale à celle de tes sorties longues sur un terrain semblable, en km-effort par heure, pauses comprises. Si tu es juste, cherche une course plus permissive. Et n'oublie pas les barrières intermédiaires : elles tombent souvent plus tôt qu'on ne le croit, surtout la nuit.

Mon terrain

Au MIUT 2022, à Madère, j'ai raté une barrière horaire de 3 minutes.

Les autres critères

Le terrain

Sentiers roulants ou pierriers techniques ? Choisis un terrain proche de celui où tu t'entraînes.

La météo

Chaleur, froid, pluie, altitude : c'est la première cause d'abandon dans une étude pyrénéenne.

La logistique

Ravitos rapprochés, sac d'allègement, accès pour tes proches : tout ce qui simplifie compte.

02Monter par étapes

Le site iRunFar le dit sans détour : un 100 miles n'est pas recommandé comme premier ultra. Le chemin classique passe par un 50 km, puis un 80 ou un 100 km. Chaque marche t'apprend quelque chose : manger en courant, gérer un coup de moins bien, courir de nuit.

Les chiffres vont dans le même sens. Dans une étude espagnole sur 211 coureurs de deux courses de montagne, plus de la moitié des abandons (53,6 %) venaient du format le plus long, contre 21,1 % des finishers. La distance longue était le facteur de risque le plus net.

  1. Base
    Trails courts réguliers

    Plusieurs saisons de trails courts et moyens, sans blessure, avant de viser plus long.

  2. Marche 1
    Un premier 50 km

    Si tu as déjà couru un marathon, tu es assez bien entraîné pour un 50 km sur un terrain semblable, selon iRunFar.

  3. Marche 2
    80 à 100 km

    La première nuit, les vrais ravitos, la gestion de l'estomac.

  4. Plus tard
    Le 100 miles

    Quand le 100 km est devenu une course que tu sais gérer.

Combien de temps ?

Il n'existe pas de durée magique : tout dépend de ton point de départ. Pour te construire une progression semaine par semaine adaptée à ta course, utilise mon générateur de plan d'entraînement.

03Volume et sortie longue

Pour Bryon Powell, fondateur d'iRunFar, la sortie longue est la séance la plus importante de la semaine. Ses repères, pour un coureur qui a déjà un marathon dans les jambes :

Pour un 50 kmQuelques sorties d'environ 40 km, et autant de sorties autour de 32 km que tu le supportes.
Pour un 80 kmEnviron deux sorties de 40 km, peut-être une autour de 48 km.
Avant son 1er 100 milesIl a couru au maximum 80 km par semaine en moyenne pendant six mois. Et pense qu'il aurait pu faire moins.

Les sorties longues enchaînées (le « back-to-back », deux longues sorties deux jours de suite) ne sont pas nécessaires pour un premier ultra. Powell en conseille une seule, 3 à 6 semaines avant la course, en surveillant les douleurs inhabituelles le deuxième jour.

Pense aussi aux descentes. Des quadriceps détruits sont, selon Powell, une raison fréquente d'abandon sur la Western States. Répète une longue descente à l'entraînement pour travailler ta technique, sans te crisper. Pour aller plus loin, lis mon article sur la descente.

À retenir

La régularité bat les exploits. Mieux vaut des semaines tenues pendant des mois qu'une semaine énorme suivie d'une blessure. Si tu te sens usé deux jours de suite, lève le pied.

04Marcher, c'est courir

En ultra, presque tout le monde marche dans les côtes raides, y compris devant. La marche active s'entraîne : Powell conseille de marcher certaines côtes à l'entraînement, même celles que tu pourrais courir, parce que c'est ce que tu feras le jour J.

Et les bâtons ?

Les études de Nicola Giovanelli, résumées par le journaliste Alex Hutchinson, nuancent le mythe. En montée raide, les bâtons ne font pas ou peu économiser d'énergie. Mais dans un test à fond sur pente très raide, les coureurs étaient 2,5 % plus rapides avec bâtons, et la force encaissée par les jambes était environ 5 % plus faible en montagne.

Les plus

  • Un peu plus vite en montée raide
  • Moins de charge sur les jambes
  • Un appui en plus quand la fatigue monte

Les limites

  • Sur le plat, environ 20 % d'énergie en plus
  • Utiles seulement si tu pousses vraiment dessus
  • La coordination s'apprend : jamais de première le jour J

Pour choisir un modèle, consulte mon comparatif de bâtons de trail.

05Rien de nouveau le jour J

C'est la règle d'or. Chaussures, sac, vêtements, frontale, gels, boisson : tout se teste en sortie longue. Le jour J n'est pas le moment de découvrir qu'un short frotte ou qu'un gel te retourne l'estomac.

Le ventre est le point faible de beaucoup d'ultras. Sur la Western States et le Vermont 100, la nausée et les vomissements étaient la première raison d'abandon citée par les non-finishers : 23 %. Bonne nouvelle, l'intestin s'entraîne. J'explique comment dans mon article Le ventre, deuxième cerveau.

Nutrition

Les mêmes produits que ceux des ravitos, aux mêmes doses, sur tes plus longues sorties.

Pieds

Chaussures rodées, chaussettes testées. Les ampoules gênaient 40 % des finishers.

Nuit

Au moins une sortie à la frontale, avec le sac chargé du matériel obligatoire.

06Partir lentement

Le départ d'un ultra est un piège. Tu es reposé, l'ambiance te porte, tout le monde part vite. Les minutes gagnées dans la première heure se paient souvent plus tard, avec les intérêts.

Une étude sur près de 14 000 résultats de finishers de l'UTMB, entre 2008 et 2019, conclut qu'une allure régulière va de pair avec des temps plus rapides. Les auteurs restent prudents : la relation est modeste. Mais aucune donnée ne plaide pour un départ en trombe.

Départ piège
  • Doubler dans les premières côtes
  • Souffle court dès le premier kilomètre
  • Sauter le premier ravito
  • Courir les montées « parce que ça va »
Départ malin
  • Allure où tu peux parler
  • Marcher dès que la pente se raidit
  • Manger dès la première heure
  • Garder du jus pour la deuxième moitié

Autre signal à écouter : dans l'étude espagnole, les coureurs qui n'avaient pas de bonnes sensations au départ abandonnaient plus souvent (environ 2,6 fois plus de risque). Un départ prudent, c'est aussi se laisser le temps d'entrer dans la course.

Le premier tiers se court avec la tête, le dernier avec le cœur.

07Pourquoi on abandonne

Trois études, trois angles. Ensemble, elles dessinent les pièges du débutant.

0%

des abandons liés à la météo dans deux courses pyrénéennes, première cause

0%

des abandons dus aux nausées ou vomissements sur deux 100 miles américains

0%

des ultra-traileurs blessés au cours de l'année écoulée (étude ULTRA)

Météo37,7
Blessure23,2
Fatigue20,3
Performance17,4

Raisons d'abandon citées (en %), 69 abandons sur 211 coureurs, Val d'Aran by UTMB et Canfranc-Canfranc.

Côté blessures, la grande enquête ULTRA (environ 1 200 ultra-traileurs) note que les blessures touchent surtout les genoux et le bas des jambes, et qu'elles sont plus fréquentes chez les coureurs jeunes et peu expérimentés. Les chercheurs comparent cela aux jeunes conducteurs, qui ont plus d'accidents.

Et un chiffre rassurant : sur la Western States, entre 1986 et 2007, environ 64 % des partants ont terminé, et les coureurs qui prenaient le départ pour la première fois avaient même de meilleures chances de finir, selon les auteurs.

Les erreurs les plus fréquentes

Les pièges

Sauter une étape de distance

Partir trop vite

Tester un produit le jour J

Ne jamais marcher à l'entraînement

Négliger les descentes

Ignorer les barrières intermédiaires

Prendre des anti-inflammatoires en course

Les parades

Progresser marche après marche

Allure où tu peux parler

Tout tester en sortie longue

Entraîner la marche active

Répéter de longues descentes

Noter les heures limites

En parler à ton médecin avant

Anti-inflammatoires : prudence

Dans l'étude Western States et Vermont 100, plus de la moitié des finishers en avaient pris, un usage que les auteurs jugent « inquiétant ». Ne prends rien sans en avoir parlé à ton médecin.

08Check-list J-7, J-1, jour J

Coche au fur et à mesure. Ta progression reste enregistrée sur cet appareil.

0 / 21 cochés

Pas à pas, ravito après ravito

Vise l'arrivée

Bonne course + départ lent = ligne d'arrivée

Reçois le prochain conseil dans le carnet de route.

Prudence. Je partage ce que j'ai lu et vécu, pas un avis médical ni un plan personnalisé. Avant de te lancer dans un premier ultra, fais un bilan chez ton médecin, surtout si tu as plus de 40 ans, des antécédents ou un traitement. Le calculateur donne un ordre de grandeur : vérifie toujours le règlement officiel de ta course.
Sources :
  1. ITRA, Discover trail running : définition du km-effort et barème des points.
  2. Campus Coach, Kilomètre-effort : calcul et exemples.
  3. Campus Coach, Choisir sa distance en trail : progressivité en distance et dénivelé.
  4. Finishers, Points ITRA : exemple 50 km et 2 000 m D+.
  5. Powell, iRunFar, Training for an Ultramarathon : sortie longue, back-to-back, marche, descente, tests.
  6. Puigarnau et al., 2025, Apunts Educación Física y Deportes : prédicteurs et raisons d'abandon en course de montagne.
  7. Hoffman et Fogard, 2011, International Journal of Sports Physiology and Performance : facteurs de réussite sur 161 km, nausées, ampoules, anti-inflammatoires.
  8. Wegelin et Hoffman, 2011, European Journal of Applied Physiology : taux de finishers sur la Western States 1986-2007.
  9. Stanford Medicine, 2014 : étude ULTRA (Hoffman et Krishnan, PLOS ONE), blessures des ultra-traileurs.
  10. Suter et al., 2020, International Journal of Environmental Research and Public Health : allure régulière et temps à l'UTMB.
  11. Hutchinson, Trail Runner : les études de Giovanelli sur les bâtons en montée.