Un ultra, c'est tout ce qui dépasse le marathon. Sur le papier, quelques kilomètres de plus. Sur le terrain, un autre sport : on marche, on mange, on gère la nuit, et la tête compte autant que les jambes.
La bonne nouvelle : un premier ultra se prépare. Les études sur les abandons montrent que les raisons d'arrêter sont souvent prévisibles. Voici comment mettre les chances de ton côté, étape par étape.
Mon premier ultra, c'était La Bouillonnante en 2015 : 104 km, bouclés en 16 h 34.
01Choisir sa course
Le kilométrage seul ne dit presque rien. Un 60 km plat et un 60 km alpin n'ont rien à voir. Pour comparer, l'ITRA (l'association internationale du trail) utilise le kilomètre-effort : chaque kilomètre compte pour 1, et chaque tranche de 100 m de dénivelé positif ajoute 1 km-effort.
Exemple : un trail de 50 km avec 2 000 m D+ fait 70 km-effort. Plus le chiffre est élevé, plus la course rapporte de points ITRA, de 0 à 6.
Compare la vitesse minimale à celle de tes sorties longues sur un terrain semblable, en km-effort par heure, pauses comprises. Si tu es juste, cherche une course plus permissive. Et n'oublie pas les barrières intermédiaires : elles tombent souvent plus tôt qu'on ne le croit, surtout la nuit.
Au MIUT 2022, à Madère, j'ai raté une barrière horaire de 3 minutes.
Les autres critères
Sentiers roulants ou pierriers techniques ? Choisis un terrain proche de celui où tu t'entraînes.
Chaleur, froid, pluie, altitude : c'est la première cause d'abandon dans une étude pyrénéenne.
Ravitos rapprochés, sac d'allègement, accès pour tes proches : tout ce qui simplifie compte.
02Monter par étapes
Le site iRunFar le dit sans détour : un 100 miles n'est pas recommandé comme premier ultra. Le chemin classique passe par un 50 km, puis un 80 ou un 100 km. Chaque marche t'apprend quelque chose : manger en courant, gérer un coup de moins bien, courir de nuit.
Les chiffres vont dans le même sens. Dans une étude espagnole sur 211 coureurs de deux courses de montagne, plus de la moitié des abandons (53,6 %) venaient du format le plus long, contre 21,1 % des finishers. La distance longue était le facteur de risque le plus net.
- BaseTrails courts réguliers
Plusieurs saisons de trails courts et moyens, sans blessure, avant de viser plus long.
- Marche 1Un premier 50 km
Si tu as déjà couru un marathon, tu es assez bien entraîné pour un 50 km sur un terrain semblable, selon iRunFar.
- Marche 280 à 100 km
La première nuit, les vrais ravitos, la gestion de l'estomac.
- Plus tardLe 100 miles
Quand le 100 km est devenu une course que tu sais gérer.
Il n'existe pas de durée magique : tout dépend de ton point de départ. Pour te construire une progression semaine par semaine adaptée à ta course, utilise mon générateur de plan d'entraînement.
03Volume et sortie longue
Pour Bryon Powell, fondateur d'iRunFar, la sortie longue est la séance la plus importante de la semaine. Ses repères, pour un coureur qui a déjà un marathon dans les jambes :
Les sorties longues enchaînées (le « back-to-back », deux longues sorties deux jours de suite) ne sont pas nécessaires pour un premier ultra. Powell en conseille une seule, 3 à 6 semaines avant la course, en surveillant les douleurs inhabituelles le deuxième jour.
Pense aussi aux descentes. Des quadriceps détruits sont, selon Powell, une raison fréquente d'abandon sur la Western States. Répète une longue descente à l'entraînement pour travailler ta technique, sans te crisper. Pour aller plus loin, lis mon article sur la descente.
La régularité bat les exploits. Mieux vaut des semaines tenues pendant des mois qu'une semaine énorme suivie d'une blessure. Si tu te sens usé deux jours de suite, lève le pied.
04Marcher, c'est courir
En ultra, presque tout le monde marche dans les côtes raides, y compris devant. La marche active s'entraîne : Powell conseille de marcher certaines côtes à l'entraînement, même celles que tu pourrais courir, parce que c'est ce que tu feras le jour J.
Et les bâtons ?
Les études de Nicola Giovanelli, résumées par le journaliste Alex Hutchinson, nuancent le mythe. En montée raide, les bâtons ne font pas ou peu économiser d'énergie. Mais dans un test à fond sur pente très raide, les coureurs étaient 2,5 % plus rapides avec bâtons, et la force encaissée par les jambes était environ 5 % plus faible en montagne.
Les plus
- Un peu plus vite en montée raide
- Moins de charge sur les jambes
- Un appui en plus quand la fatigue monte
Les limites
- Sur le plat, environ 20 % d'énergie en plus
- Utiles seulement si tu pousses vraiment dessus
- La coordination s'apprend : jamais de première le jour J
Pour choisir un modèle, consulte mon comparatif de bâtons de trail.
05Rien de nouveau le jour J
C'est la règle d'or. Chaussures, sac, vêtements, frontale, gels, boisson : tout se teste en sortie longue. Le jour J n'est pas le moment de découvrir qu'un short frotte ou qu'un gel te retourne l'estomac.
Le ventre est le point faible de beaucoup d'ultras. Sur la Western States et le Vermont 100, la nausée et les vomissements étaient la première raison d'abandon citée par les non-finishers : 23 %. Bonne nouvelle, l'intestin s'entraîne. J'explique comment dans mon article Le ventre, deuxième cerveau.
Les mêmes produits que ceux des ravitos, aux mêmes doses, sur tes plus longues sorties.
Chaussures rodées, chaussettes testées. Les ampoules gênaient 40 % des finishers.
Au moins une sortie à la frontale, avec le sac chargé du matériel obligatoire.
06Partir lentement
Le départ d'un ultra est un piège. Tu es reposé, l'ambiance te porte, tout le monde part vite. Les minutes gagnées dans la première heure se paient souvent plus tard, avec les intérêts.
Une étude sur près de 14 000 résultats de finishers de l'UTMB, entre 2008 et 2019, conclut qu'une allure régulière va de pair avec des temps plus rapides. Les auteurs restent prudents : la relation est modeste. Mais aucune donnée ne plaide pour un départ en trombe.
- Doubler dans les premières côtes
- Souffle court dès le premier kilomètre
- Sauter le premier ravito
- Courir les montées « parce que ça va »
- Allure où tu peux parler
- Marcher dès que la pente se raidit
- Manger dès la première heure
- Garder du jus pour la deuxième moitié
Autre signal à écouter : dans l'étude espagnole, les coureurs qui n'avaient pas de bonnes sensations au départ abandonnaient plus souvent (environ 2,6 fois plus de risque). Un départ prudent, c'est aussi se laisser le temps d'entrer dans la course.
Le premier tiers se court avec la tête, le dernier avec le cœur.
07Pourquoi on abandonne
Trois études, trois angles. Ensemble, elles dessinent les pièges du débutant.
des abandons liés à la météo dans deux courses pyrénéennes, première cause
des abandons dus aux nausées ou vomissements sur deux 100 miles américains
des ultra-traileurs blessés au cours de l'année écoulée (étude ULTRA)
Côté blessures, la grande enquête ULTRA (environ 1 200 ultra-traileurs) note que les blessures touchent surtout les genoux et le bas des jambes, et qu'elles sont plus fréquentes chez les coureurs jeunes et peu expérimentés. Les chercheurs comparent cela aux jeunes conducteurs, qui ont plus d'accidents.
Et un chiffre rassurant : sur la Western States, entre 1986 et 2007, environ 64 % des partants ont terminé, et les coureurs qui prenaient le départ pour la première fois avaient même de meilleures chances de finir, selon les auteurs.
Les erreurs les plus fréquentes
Les pièges
Sauter une étape de distance
Partir trop vite
Tester un produit le jour J
Ne jamais marcher à l'entraînement
Négliger les descentes
Ignorer les barrières intermédiaires
Prendre des anti-inflammatoires en course
Les parades
Progresser marche après marche
Allure où tu peux parler
Tout tester en sortie longue
Entraîner la marche active
Répéter de longues descentes
Noter les heures limites
En parler à ton médecin avant
Dans l'étude Western States et Vermont 100, plus de la moitié des finishers en avaient pris, un usage que les auteurs jugent « inquiétant ». Ne prends rien sans en avoir parlé à ton médecin.
08Check-list J-7, J-1, jour J
Coche au fur et à mesure. Ta progression reste enregistrée sur cet appareil.
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Vise l'arrivée
Bonne course + départ lent = ligne d'arrivée
Reçois le prochain conseil dans le carnet de route.
- ITRA, Discover trail running : définition du km-effort et barème des points.
- Campus Coach, Kilomètre-effort : calcul et exemples.
- Campus Coach, Choisir sa distance en trail : progressivité en distance et dénivelé.
- Finishers, Points ITRA : exemple 50 km et 2 000 m D+.
- Powell, iRunFar, Training for an Ultramarathon : sortie longue, back-to-back, marche, descente, tests.
- Puigarnau et al., 2025, Apunts Educación Física y Deportes : prédicteurs et raisons d'abandon en course de montagne.
- Hoffman et Fogard, 2011, International Journal of Sports Physiology and Performance : facteurs de réussite sur 161 km, nausées, ampoules, anti-inflammatoires.
- Wegelin et Hoffman, 2011, European Journal of Applied Physiology : taux de finishers sur la Western States 1986-2007.
- Stanford Medicine, 2014 : étude ULTRA (Hoffman et Krishnan, PLOS ONE), blessures des ultra-traileurs.
- Suter et al., 2020, International Journal of Environmental Research and Public Health : allure régulière et temps à l'UTMB.
- Hutchinson, Trail Runner : les études de Giovanelli sur les bâtons en montée.